Les sources

Dans cette section sont présentées les différentes sources utilisées dans le cadre de PORTIC.

PORTIC repose sur deux bases de données, issues l’une comme l’autre de précédents programmes ANR : Navigocorpus et Toflit18. Le contenu de Navigocorpus a été enrichi dans le cadre de PORTIC par plus de 30,000 nouvelles entrées ou sorties de navires. Les données saisies répondent à des logiques de recherche spatiales et diachroniques.

Pour ce qui est du cadre chronologique des données retenu pour Portic, nous avons procédé aux choix suivants :

  • Une collecte la plus exhaustive possible du mouvement des ports français en 1787, année pour laquelle le nombre de registre disponible est le plus élevé.
  • Une collecte ciblée de nouvelles données autour de trois études de cas pour l’année 1789, afin de croiser les mouvements portuaires avec les registres de la Ferme générale, disponibles au niveau des bureaux des directions locales pour cette année-là (alors que nous ne disposons que de données agrégées ou lacunaires pour les autres années). Les trois aires retenues sont :
  1. Dunkerque et Gravelines, correspondant à la direction de Fermes de Lille ;
  2. Les ports de l’ancienne région du Poitou-Charentes, correspondant aux amirautés de La Rochelle, Marennes et Sables-d’Olonne, et à la direction des Ferme de La Rochelle ;
  3. le port de Marseille
  • Une étude diachronique des entrées à Marseille pour les années 1749, 1759, 1769, 1779, 1789, 1799, soit trois années de paix (1749, 1769, 1789) et trois années de guerre (Guerre de Sept Ans, guerre d’Indépendance américaine, guerres révolutionnaires)

Navigocorpus

Navigocorpus est une base de données ouverte, destinées à collecter des informations relatives aux mouvements de navires dans l’espace et dans le temps. Elle contient actuellement des données relatives à un peu plus de 100 000 déplacements, pour l’essentiel entre le milieu du XVIIIe et le milieu du XIXe siècle. Seule une partie des informations contenues dans la base, relatives aux trafics des ports français dans les années indiquées plus haut, font l’objet de visualisations et d’analyses dans le cadre de Portic.

Plus précisément, nous avons collecté, dans le cadre de Navigocorpus et de Portic, des informations issues de trois types de sources :

  • Les congés collectés par les bureaux de l’Amirauté
  • Les registres du Bureau de la Santé de Marseille
  • La liste imprimée des navires expédiés depuis Marseille vers l’Afrique et les colonies américaines et asiatiques en 1789, avec le manifeste de la cargaison de chacun d’entre eux.
Les congés

À son départ d’un port français, toute embarcation pontée était soumise au paiement d’un droit appelé congé, perçu au profit de l’Amiral de France. Ce droit était perçu par les greffiers de l’amirauté locale. La principale exception concernait les embarcations faisant un aller-retour à l’intérieur du ressort d’une même amirauté, qui n’étaient tenues que de le payer à l’aller. Dans certaines provinces, toutefois, il existait des congés pour une durée déterminée (entre quelques mois et deux ans).

Nous avons exploité, pour l’essentiel, les registres des droits conservés dans l’actuelle sous-série G5 aux Archives nationales de France pour les années 1787 et 1789. Lorsque la série parisienne ne contenait pas les registres de ces deux années, nous avons essayé d’avoir recours aux archives départementales. C’est ainsi par exemple que les données de Saint-Tropez, fournies par Gilbert Buti, et celles pour Lorient, ont pu être insérées dans Navigocorpus. Chaque receveur se devait en effet de tenir en double les registres des différents droits de navigation. Ceux-ci comportent les indications saisies au fil des jours de sommes payées par les patrons de barque, maîtres et capitaines, à la sortie de n’importe quel port du royaume et de ses colonies. Un registre restait au siège de l’amirauté, le double était envoyé chaque année à Versailles, du moins en théorie, pour que les bureaux parisiens de l’Amiral de France puissent vérifier les comptes et l’exactitude des sommes perçues par l’Amiral de France. À ces registres était adjoint un compte rendu qui résumait de manière très synthétique les recettes et les dépenses et qui nous permet, lorsque les registres ne sont plus conservés, de connaître au moins le nombre de congés délivrés.

Au total, nous avons intégré dans Navigocorpus 93 registres de congés pour 1787 et 26 registres pour 1789. Dans le cadre de PORTIC, ce sont ainsi 9 830 congés supplémentaires pour l’année 1789 qui ont été intégrés à ce jour (15 avril 2020). La saisie et l’intégration des autres registres de congés pour 1789 est envisagée.

Les registres de congés fournissent pratiquement toujours, sauf en cas d’oubli, les informations suivantes :

  • Nom du navire
  • Nom du capitaine
  • Tonnage
  • Date du congé
  • Destination
  • Montant du droit payé (avec indication le plus souvent du type de congé : français/étranger/pour les colonies/pour la province/pour la pêche)

Nous avons également observé que d’autres informations sont présentes de manière régulière dans certains registres, suivant de modèles « provinciaux » :

 MancheBretagneAtlantiqueMéditerranée
Produit(s) principalPour quelques portsPour la plupart des portsouioui (sauf Corse)
Port d’attachePour quelques portsouiPour la plupart des portsNo
Origine du capitaineouiouinonoui (sauf Corse)
Type de navireouinonnonOui

Certaines amirautés, comme celle de Bordeaux ou de Dieppe, utilisent des registres pré-imprimés, alors que ailleurs (comme à La Flotte-en-Ré), tout est écrit à la main.

congébordeaux
Archives nationales de France, G5-50, Bordeaux (1787).
dieppe
Archives Nationales de France, G5-68-2, Dieppe (1787).
bordeau2
Archives Nationales de France, G5-91, La Flotte-en-Ré (1787).
Les registres du Bureau de l’Intendance sanitaire de Marseille

Au cours de l’époque moderne, les principaux ports de la rive nord de la Méditerranée mettent en place un dispositif sanitaire destiné à réduire le risque de diffusion de la peste, redoutable maladie qui sévit à l’état endémique au Levant. Transmise par le contact entre humains, mais aussi par les puces qui infestent les rats, ou qui se nichent dans certains produits, comme les balles de laine en provenance de l’Empire ottoman, la peste décime les populations européennes dès qu’elle ne peut pas être confinée, car en Occident elle tue la quasi-totalité de gens infectés, qui ne disposent d’aucune immunité. Pour se prémunir du risque de contagion, tout navire revenant du Levant, ou ayant eu des morts suspects au cours de sa traversée, ou encore ayant communiqué en mer avec des équipages d’un autre navire susceptible de véhiculer la peste, est soumis à des procédures de quarantaine à son arrivée dans un port européen. Ainsi, toute embarcation qui arrive à Marseille fait l’objet de contrôle. Pour la fin des années 1780, le Bureau de la Santé de Marseille, dont les sources sont conservées aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône (200 E 1-1663, Intendance sanitaire de Marseille, XVIIe-XXsiècle), tient deux registres que nous avons exploités dans le cadre de Portic :

  • Les cahiers du petit cabotage, qui mentionnent sommairement les navires arrivés depuis un port de la Méditerranée occidentale entre la Catalogne et le royaume de Naples, en incluant la Corse et Majorque, mais ni la Sardaigne ni la Sicile) ; , et
  • Le registres du Bureau de la Santé, qui comprennent tous les navires provenant d’autres ports, mais aussi de la Méditerranée occidentale lorsque ceux-ci transportent des passagers ou certains produits (huile, vin, céréales).

A l’état de nos connaissances actuelles, les doubles entrées (présence d’un navire sur les deux registres) devraient être un phénomène marginal, mais l’analyse en cours permettra de le confirmer. Dans certains cas, en effet, nous avons une entrée dans chaque registre, qui ne diffère que par la cargaison. Il s’agit donc, par l’interrogation de la source, de reconstruire les logiques administratives de l’époque et de voir ensuite la meilleure manière de traiter les « doublons ». 

Les cahiers du petit cabotage de Marseille

Ces cahiers présentent les informations sous forme de colonnes indiquant la date, le « nom du capitaine », le « nom du bâtiment », le « lieu d’où ils viennent » et les « cargaisons ». Les prénoms des capitaines sont souvent abrégés et ont été explicités autant que faire se peut.

Les quantités des produits ne sont généralement indiquées que pour le bois. Nous avons maintenu la distinction entre « p. d. » et « p. » en attente de savoir de quoi il s’agit. Il y a également en 1789 l’abréviation « p.ds » et, écrit en toutes lettres, aussi « 60 poids bois de chauffage », ce qui laisse supposer que « p.ds » [mais peut-être aussi « p.d »] correspond à « poids ».

Parfois, le registre du petit cabotage indique la valeur de l’unité du produit sans indiquer l’unité de mesure utilisée.

Les registres ont été tenus par différentes personnes et les graphies sont plus ou moins lisibles.

Les registres du petit cabotage pour les années 1787 et 1789 ont été intégrés à Navigocorpus dans le cadre du programme PORTIC : ce sont ainsi 4 742 entrées supplémentaires qui ont été collectées.

couverture registre Petit cabotage Marseille
Couverture du cahier du petit cabotage (Arch. dépt. Bouches-du-Rhône, 200 E 606), commencé le 2 septembre 1786 qui se termine le 24 septembre 1787.
cabotage
Début de l'année 1787 (Arch. dépt. Bouches-du-Rhône, 200 E 606)
Le registre du Bureau de la Santé

Ces registres transcrivent la déposition faite par le capitaine ou patron à son arrivée à Marseille. La structure générale commence, après la date de la déposition, par la mention de la réception du serment, avec indication du déposant (patron/capitaine, nom et prénom et son lieu « d’appartenance »), du type et du nom du navire et du nombre des personnes qui composent l’équipage. Suit le récit de l’itinéraire, de la cargaison et de son consignataire ou propriétaire, des éventuelles escales, et des éventuels passagers présents à bord. Ainsi la première entrée de 1787 se présente de cette manière :

bouchedurhone
Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 200 E 543

« Monsieur Lantier, intendant semainier, a reçu la déposition du patron Jean Baptiste Nervi, génois, commandant la felouque le Sacré Cœur de Jésuséquipée de 7 personnes en tout qui a dit avec serment être parti de Savone le 28 du mois dernier [donc 28 décembre 1786 pour cette déclaration du 1er janvier 1787], chargé de 60 quintaux de ris et de cercles pour son compte, il a remis sa patente, celle d’un passager, et a eu l’entrée ».

Les données en italique dans la transcription ont alimenté la base Navigocorpus et chaque élément souligné correspond à un champ différent.i

L’indication de la cargaison est parfois très sommaire (« chargé de marchandises de colonies »). Lorsqu’ils rentrent d’un long périple, les capitaines détaillent souvent les rencontres qu’ils ont effectuées dans les escales ou en mer.

Dans le cadre de l’ANR Navigocorpus, nous avions saisi les registres de 1787 et ceux de l’an III et IV (sept. 1794 – sept. 1796). Dans le cadre de PORTIC, nous avons collecté les données de 1749, 1759, 1769, 1779, 1789 et 1799, soit 14,500 nouvelles entrées environ.

Toflit18

Le projet TOFLIT18 est une base de données en libre accès sur les flux de commerce entre la France et l’étranger à laquelle est associée une interface graphique ((https://github.com/medialab/toflit18_data et http://toflit18.medialab.sciences-po.fr/#/home). Elle contient en mai 2020 plus de 550,000 flux, collectées dans les archives du Bureau de la Balance du Commerce et de ses successeurs sur le commerce français entre 1716 et 1821.

Créé en 1713 à l’issue des négociations du traité d’Utrecht, le Bureau de la balance du commerce était en charge de la collecte des flux de commerce au niveau national et de la publication de documents de synthèse permettant à l’administration royale d’évaluer la balance de son commerce avec le reste du monde. Seule une petite partie des flux contenus dans la base, relatifs aux régions et ports dans les années mentionnées ci-dessus, font l’objet de visualisations et d’analyses dans le cadre du projet PORTIC.

Plus précisément, nous avons collecté, dans le cadre de la mise en relation de TOFLIT18 et de Portic, des informations issues de deux types de sources :

–       Les données commerciales régionales se trouvant dans les archives de la chambre de commerce de Marseille.

–       Les données commerciales au niveau local collectées par le Bureau de la balance du commerce au niveau national pour l’année 1789 qui concernent plus particulièrement les directions de fermes de Dunkerque, La Rochelle et de Marseille.

Les données commerciales des chambres de commerce

Le Bureau de la balance du commerce était une petite unité administrative avant 1783 et ne disposait guère de moyens humains pour mesurer lui-même les quantités de marchandises qui quittaient ou arrivaient sur le territoire français et évaluer leur valeur. Il se reposait pour cela sur la Ferme générale.

La Ferme générale disposait d’une organisation et de moyens humains (plusieurs dizaines de milliers d’employés sur tout le territoire métropolitain) sans égal. Une des sources de revenu était les droits de traites, c’est-à-dire les droits de douane prélevées sur les marchandises à l’entrée et à la sortie du royaume. Dans ses centaines de bureaux particuliers dispersés dans tout le royaume, les employés de la Ferme consignaient sur un registre de multiples informations sur les biens qu’elles taxaient : la quantité, l’unité de mesure, la valeur des biens, sa provenance ou sa destination et la date d’enregistrement. Chaque mois, ces registres étaient envoyés aux directions générales de la Ferme qui établissaient des listes nominatives de biens qui récapitulaient de manière synthétique ces informations avant de les envoyer au Bureau de la balance du commerce. Le bureau compilaient ces états mensuels et produisaient des états annuels, un par direction de fermes, qu’il envoyait ensuite aux chambres de commerce du royaume pour qu’elles vérifient les prix évalués par les employés de la Ferme ou bien suggèrent des prix lorsque ces derniers n’avaient pu le faire (de nombreuses marchandises n’étaient pas taxées sur leur valeur mais sur leur quantité).

Les chambres de commerce renvoyaient ensuite ces registres au Bureau, en en conservant une copie au sein de leurs archives. Ces copies d’états annuels ont souvent été préservés et ont été intégrées à la base de données de Toflit 18. Le projet PORTIC exploite les registres d’entrées et de sorties de la direction de Marseille pour les années 1749, 1759, 1769 et 1779, soit plus de 8900 flux de marchandises. Les sources sont conservées dans les archives de la Chambre de commerce de Marseille, sous les cotes I21 à I32. Les copies de certaines années sont également conservées aux archives départementales des Bouches-du-Rhone à Aix en Provence dans le fonds de l’intendance de Provence sous les cotes C4625 et C4626.

Récapitulatif des exportations de Marseille en 1749 (Chambre de Commerce de Marseille, l-22)
Importations en 1789, La Rochelle (AN, F12 1666)
Les données commerciales du Bureau de la balance du commerce

Après 1781, le fonctionnement du Bureau de la balance du commerce s’est transformé. Désormais, l’ensemble de la tâche de la mesure des flux de marchandises à l’entrée et à la sortie du territoire métropolitain fut confiée exclusivement à la Ferme générale. Il en a résulté une évolution significative des données collectées. D’une part, en tous les cas pour 1789, la Ferme ne se contentait pas de synthétiser les données annuelles par direction générale, mais les désagrégeait par bureau principal (et parfois subordonné). Ainsi pour les trois directions qui sont étudiées pour l’année 1789 dans PORTIC – Lille (incluant comme bureau principal le port franc de Dunkerque), La Rochelle et Marseille –, les flux sont mesurés au départ et à l’arrivée des dix, sept et six  bureaux principaux et subordonnés qui composent respectivement ces trois directions. La plupart de ces documents de synthèse ont été perdus lors de la destruction des archives de la Ferme générale par les révolutionnaires en 1792. Toutefois, un certain nombre d’entre eux ont échappé à l’autodafé et sont aujourd’hui la propriété d’archives en France ou à l’étranger. Les sources qui sont utilisées dans le cadre du projet PORTIC proviennent de deux cotes des Archives Nationales de France, F12 1666 et F12 1667. Elles concernent plus de 5 000 flux.

Note : la taille des nœuds et des liens correspond à la taille du commerce. Leur couleur correspond aux groupes de biens dont les dénominations utilisent des termes communs.