Incertitude

Projet en cours! Cette section sera complétée au fur et à mesure de l’avancement du projet. 

PORTIC repose sur des données historiques sur la navigation et le commerce qui ont alimenté deux bases de données. Le passage des sources manuscrites à de bases de données formalisées a impliqué une série d’opérations et l’ajout d’un nombre certain de champs.

Ces données et métadonnées présentent des caractéristiques qui les rendent « imparfaites » aux yeux des informaticiens. Cette « imperfection » vient de leur caractère d’incertitude, de leurs lacunes, de leur imprécision. Il convient de souligner que les historiens ont l’habitude de travailler avec cette incertitude, inhérente aux traces du passé. Elle peut par ailleurs être signifiante, et inviter l’historien à chercher d’autres traces témoignant des pratiques de l’époque. Ainsi, on pourra s’interroger sur les tonnages changeants de ceux qui sont de toute évidence les mêmes navires : les tonnages semblent systématiquement surestimés dans certains ports et sous-estimés dans d’autres.

Reste que le traitement informatique des données impose la nécessité de formaliser ces incertitudes, lacunes et imprécisions d’une manière cohérente et explicite, afin que les bases informatiques d’abord, les visualisations ensuite, puissent les prendre en compte. Dans certains cas, l’incertitude a été tranchée par l’équipe, mais une sémiologie spécifique permet alors de déceler nos interventions sur les données et, le cas échéant, de corriger les erreurs de compréhension ou d’interprétation.

Une partie considérable du programme PORTIC est consacrée à la visualisation de l’incertitude des données, qui a souvent tendance à « disparaître » lors des visualisations. PORTIC ambitionne rendre compte visuellement des lacunes et des incertitudes qui entourent les données collectées, et de ne pas « gommer » leur caractère imprécis.

Cette section détaille les divers types d’incertitudes que nous avons identifiés et la manière de procéder qui a été la nôtre.

L’incertitude propre aux sources

Les sources mobilisées pour Navigocorpus sont incomplètes, dans la mesure où un certain nombre de registres ne sont plus conservés. La complétude elle-même est par ailleurs incertaine, dans la mesure où pour un certain nombre de lieux nous ne savons pas si les registres ont existé.

Des questions de complétude et d’incertitude se posent également à l’intérieur de chaque registre. Les greffiers ne notaient pas toujours les mêmes informations, en oubliaient certaines parfois, ou se trompaient parfois.

Aussi, ils sont détenteurs de pratiques administratives qu’ils n’ont pas nécessairement pris le temps de consigner à l’écrit, et qu’il faut donc interpréter pour bien pouvoir mobiliser la source, avec le risque de se tromper à notre tour. 

A ce stade, nous avons encore bien de questions ouvertes. Ce document permet de prendre la mesure des défis qui nous attendent….

Sources incomplètes ou redondantes
  • Nous connaissons un certain nombre de registres manquants: les comptes-rendus nous permettent de chiffrer le nombre de congés délivrés, à défaut d’en connaître les détails. Nous nous efforceront d’intégrer la présence de ces ports dans les visualisations pour montrer les lacunes du corpus.
  • Nous savons que certains ports existaient mais nous n’avons ni les registres, ni les comptes-rendus. C’est le cas, entre autres, pour la plupart des colonies, mais aussi pour Libourne et d’autres ports d’une certaine envergure, à recenser dans la mesure du possible à partir de l’enquête de Chardon dans les années 1780. Mais pour de ports mineurs, nous ne savons pas si les congés étaient pris dans le port à côté.
  • Dans le cas de Marseille, alors que l’historiographie considère que les doublons entre les registres de petit cabotage et les déclarations à l’arrivée sont minimes, il reste à ce jour à préciser l’ampleur du phénomène, à le comprendre, et à voir comment traiter l’information lors de l’interrogation de la base.
Incomplétude et imprécisions dans les entrées du registre

Certaines informations sont systématiquement présentes dans certains ports (ex.: le port d’attache) et systématiquement absentes d’autres. Le greffier peut occasionnellement oublié le nom du navire, du capitaine, ou le tonnage, voire la destination. 

Aussi, nous avons constaté un certain nombre d’imprécisions dans les sources. Certaines sont dues au fait que les greffiers notent de toute évidence ce qu’ils entendent oralement, sans avoir toujours un document écrit sous les yeux. Leurs transcriptions des noms de lieux et des noms de personnes sont d’autant plus aléatoires que le terme sonne étrange à leurs oreilles (noms bretons ou étrangers ; localités étrangères peu fréquentées). Aux Sables-d’Olonne, Aber-Ildut s’appelle « La Berlduque ». Dans certains ports le nom du navire étranger est systématiquement traduit en français, avec des possibles erreurs. Mais c’est surtout la variation des tonnages qui nous intrigue, et qui méritera des fouilles de données spécifiques.

L’incertitude ontologique : le futur du passé

Par définition, le futur est incertain. Ainsi toute déclaration de destination future renvoie au statut incertain de l’information. Le navire peut avoir fait naufrage, avoir été capturé, avoir essuyé du mauvais temps qui l’oblige à changer de plan.

Nous avons donc indiqué dans un champ dédié (Pointcall_statuts) de Navigocorpus, le statut de l’information relatif à chaque localité fréquentée par le navire par un marqueur (« P » pour le passé, « F » pour le futur ; sur la capture d’écran qui suit, le statut se trouve dans la dernière case à droite du nom du port). Ce statut est relatif au point où le voyage a été observé.

La « certitude » indiquée par la deuxième lettre « C » est donc relative à l’entrée documentaire (l’indication fournie par une sourcé donnée pour un navire donné à une date donnée), et ne doit pas être entendue en sens absolu. Ainsi, si le capitaine déclare aller à Nantes en sortant de Bordeaux, Nantes sera associé à un statut « FC » (« futur certain » : certain donc pour le capitaine à la date de la déclaration).  La question de savoir si d’autres sources confirment ou infirment cette déclaration est différente, et elle a été donc traitée séparément dans un autre champ de la base (voir infra, section : incertitude des trajets). « Certain » dans ce contexte n’est donc pas synonyme d’ « avéré », et il faudra que cela soit clair lors de l’interrogation dans les visualisations en ligne. Nous sommes toutefois aussi en mesure de confirmer ou pas que ce navire est effectivement arrivé à Nantes, car nous avons les congés de Nantes. Il y a donc aussi la possibilité de mesurer le degré de réalisation des intentions futures, du moins pour les destinations françaises des ports dont les registres sont conservés.

Quand l’information de la destination intentionnelle se trouve contredite par la même source qui la déclare (dans le cas, par ex., d’une prise en mer), la deuxième lettre « U » indique l’intention non remplie. Ainsi, le vaisseau La Ville d’Yverdun parti de Marseille le 28 décembre 1787 pour se rendre à Smyrne, rentre à Marseille quatre jours plus tard, après avoir essuyé des dommages aux îles du Frioul. La destination Smyrne est donc associée au statut qui indique une intention passée non avérée, « PU »:

suite en cours de rédaction...